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Les sosies : le gouet et l’oseille

Au début du printemps, les jeunes feuilles d’oseille sauvage (Rumex acetosa) ressemblent fortement au feuillage du gouet (Arum maculatum) qui émerge du sol à la même période. Les deux espèces ont également des oreillettes pointues qui donne à leurs feuilles la forme d’une hallebarde. Alors que l’oseille sauvage est comestible, le gouet est toxique

Une affaire de famille :

Rumex acetosa
Rumex acetosa

L’oseille sauvage appartient à la famille des oseilles cultivées, des épinards et autre arroche de nos potagers. Les oseilles sauvages contiennent de l’acide oxalique qui peut entrainer la formation de calculs rénaux si elle est consommée en excès.Il faut éviter d’en manger tous les jours. Ne soyez donc pas trop gourmand si vous aimez la soupe à l’oseille!

 

 

Arum maculatumLe Gouet est apparenté aux Aracées, la famille des Arum, utilisée principalement en ornement dans les jardins et par les fleuristes pour les bouquets. Les arums contiennent des raphides d’oxalate de calcium qui sont très irritantes et rubéfiantes pour les muqueuses dès la première bouchée. Attention aussi au contact avec les yeux!

Pour en savoir plus sur la toxicité du gouet.

Comment distinguer les feuilles de l’oseille et du gouet ?

Lorsque le gouet se développe, ses feuilles atteignent plus de 15 cm de longueur alors que les feuilles d’oseille restent assez petites de l’ordre de 5 cm à 10 cm maximum. De plus le gouet pousse à mi-ombre au pied des haies arborées alors que l’oseille pousse au soleil dans les prairies. Cependant les deux espèces se côtoient sur les talus et les limites de parcelles lorsque les haies ont été dégradées par des tailles excessives.

Au tout début du printemps, les jeunes feuilles du Gouet et de l’oseille ont sensiblement la même taille et la même forme. Pour les distinguer, retournez la feuille et observez sa face inférieure :

Arum maculatum
Arum maculatum
  • la feuille du gouet a une face inférieure recouverte d’une sorte de membrane translucide qui prend un aspect nacré à la lumière du jour.

 

 

 

 

 

Rumex acetosa
Rumex acetosa
  • la feuille de l’oseille a une face inférieure  bien verte comme la face supérieure

 

 

 

 

 

Comparez aussi les pétioles des feuilles  (coupez le pétiole avec un couteau et observez la section )

  • le pétiole de l’oseille est creusé comme une gouttière sur la longueur de son axe
  • le pétiole de la feuille de gouet est cylindrique 

Arum-italicum-fkAu moment de la floraison, la confusion n’est plus possible car  la fleur du gouet ressemble à une massue enveloppée d’une spathe (feuille spécialisée) blanc verdâtre. Chez le Gouet maculé, la massue est brune alors que chez le Gouet d’Italie elle est jaune pâle

 

Dans les prés,  l’oseille dresse une tige florale élancée avec un panache de fleurs vert puis pourpre qui flotte comme une oriflamme au-dessus de la prairie.

Une colonie d’orchidées rares dans un marais d’altitude

Dans le virage de la petite route de montagne, une petite parcelle en friche attire mon regard : des buissons de saule à l’arrière plan essayent de gagner de vitesse les hautes herbes luxuriantes en ce mois de juin. Je devine une mégaphorbiae profitant de la fraicheur d’un ruisseau de montagne, où s’écoulent plusieurs jeunes sources gazouillantes

Lorsque je pose les pieds dans les premiers mètres de la parcelle, la terre gorgée d’eau s’enfonce moelleusement sous mon poids annonçant sa qualité d’éponge… avec précaution je progresse vers les tâches de couleur vive qui ont suscité ma curiosité : de superbes chardons des rives aux têtes en pompon rose vif dansent un tango entre des touffes de longues feuilles en ruban…très peu d’épines et tant de grâce dans leurs silhouettes inclinées. De ci de là, les feuilles gauffrées et odorantes des reines des prés me mettent en garde ! Attention ! L’eau prend le pas sur la terre ferme, ici commence la limite mouvante des plantes hygrophiles, autrement dit nageoires recommandées…ou bottes dans le pire des cas.Cirsium-rivulare-fk

Je passe en revue rapidement le contenu de mon coffre mais hélas ! Ces articles ne sont pas disponibles en rayon. La collection été propose un chapeau, des lunettes de soleil et autre protection solaire en cette météo magnifique. Il faudra s’adapter…

Je reviens sur mes pas et me dirige vers les saules blancs qui sont en train de stabiliser la zone humide en captant les sédiments dans leur système racinaire. Le pied en l’air je tombe en admiration sur les étonnantes fleurs en étoile que je révais de rencontrer… une couleur aussi mystérieuse qu’inquiétante, le rubis sombre de la sanguisorbe qui évoque si bien la propriété médicinale de cette plante hémostatique. Rouge sang, le comaret l’est aussi et d’un graphisme à rendre envieux un designer de mode… Proche des potentilles et du fraisier, cette espèce est une variation fascinante sur le motif des rosacées que nous croyons connaître par coeur et qui me surprend encore avec cette espèce rare.

Je prospecte minutieusement autour de mon petit groupe en élargissant le cercle en quête de nouvelles fleurs… et voici des trèfles d’eau, étalés en un beau tapis  sur une surface plus sèche. A défaut des fleurs en dentelle nacrée que j’aurais voulu admirer (elles sont logiquement défleuries depuis un bon mois), je découvre les fruits en capsules de cette plante médicinale rare . Elle confirme en bonne indicatrice que j’explore un « tremblant », c’est à dire une zone humide en cours d’assèchement naturel, toujours le réseau des racines en action, mais que les saules n’ont pas encore colonisés. L’eau est certainement d’une grande pureté et bien oxygénée sur cette friche pour accueillir des plantes aussi remarquables.

Epipactis-palustris2-fkAu milieu des trèfles d’eau, je me penche sur une tige élancée qui file entre les graminées, jalonnée de fleurons d’un blanc nacré tirant vers le beige rosé…comme des papillons posés les ailes entrouvertes pour se réchauffer au soleil. Ente les ailes, une gorge jaune d’or révèle les pollinies d’une orchidée ! Voilà la star des jardins de Grenade : l’épipactis des marais batifole entre les jeux d’eau des sources et les méandres du tremblant et s’y plait tant et si bien qu’elle a installé sa famille. Combien de générations s’y bousculent depuis combien de saisons ?! Pas moins de 80 pieds d’épipactis sont dénombrés sur ce carré de friche de quelques dizaines de mètres carrés… quand la densité de cette plante protégée est à peine de 3 pieds sur des hectares de marais à plus basse altitude ! Maintenant que je les ai repérés, ils exécutent un véritable ballet devant mes yeux ébahis ! Quel incroyable spectacle!… »