Archives pour la catégorie reconnaissance de la flore

méthode et critères d’observation pour déterminer le nom d’une plante sauvage

Balade florale au château de Vixouze – Polminhac 15

Balade florale à la cascade de Faillitoux

les faux-frères : l’ail des ours, le muguet et la colchique

L’ail des ours pousse en grandes colonies dans les sous-bois des forêts alluviales et sur les berges des cours d’eau. Il se développe dans les terres humides hydratées par la nappe d’une rivière proche, ou par des sources en moyenne montagne.Allium-ursinum1-fk

Les prairies humides sont aussi des milieux favorables à la colchique qui est très toxique. La colchicine, qu’elle contient, est utilisée en laboratoire dans des expériences visant à modifier les chromosomes des cellules vivantes.

Dans les forêts à basse altitude, vous rencontrerez des tapis de muguet sauvage (toxique) dont la feuille ressemble beaucoup à celle de l’ail des ours.

Comment différencier l’ail des ours de ses deux redoutables sosies ?

Allium-ursinum-fkAu mois de mai, l’ail des ours fleurit en même temps que le muguet :  ses fleurs blanches étoilées sont disposées en pompon ( en ombelle) à l’extrémité d’une tige souple tandis que le muguet porte des clochettes alignées le long d’une tige rigide.

Quant au colchique, il ne fleurit pas au printemps mais au début de l’automne…à défaut de voir sa fleur, vous découvrirez son gros fruit cabossé à l’intérieur du cornet formé par les feuilles enroulées.

En l’absence de fleurs, il vous faudra examiner les feuilles attentivement :

1er indice : feuilles vert tendre et molles pour l’ail des ours, coriaces et vert bleuté pour le muguet, coriaces et vert foncé pour le colchique

2ème indice : les feuilles de la colchique sont enroulées en spirale et forment un cornet  . Colchicum-fkL’ail des ours et le muguet ont de larges feuilles bien étalées quand elles sont adultes mais vous remarquerez que la base des feuilles du muguet forme une gaine autour de la jeune tige florale.

3ème indice : l’ail des ours sent l’ail quand on le coupe ! Il suffit de briser le pétiole de la feuille pour diffuser les composés soufrés qui lui confèrent son parfum caractéristique. Les autres plantes n’ont pas cet arôme.

La colchique et l’ail des ours sont des plantes à protéger car elles sont menacées par l’agriculture intensive : le drainage des terres agricoles assèche les prairies humides et les engrais leur sont néfastes.

L’ail des ours est victime aussi de l’urbanisation : l’enrochement des berges des rivières entraine la disparition des colonies d’ail des ours qui se développent uniquement sur les berges en pente douce ; la place est alors libre pour la renouée du Japon, cette opportuniste qui adore les milieux perturbés par l’homme…

Fleurs protégées interdites à la cueillette

Cuisine paysanne (2) – Revue du Cueilleur-Culteur n°6

Les légumes sauvages dans la cuisine paysanne

du Moyen-Age à nos jours (partie 2)

par Véronique Garcia-Pays

Bette-maritimeNLes légumes de la potée aux choux font partie des espèces les plus anciennement cultivés: l’origine de l’oignon, le choux et le navet se perd dans la nuit des temps. D’autres comme la carotte et le panais sont présents à l’état sauvage sur notre territoire et furent consommés par les gaulois et les romains bien avant le Moyen-Age. La ciboulette et l’oseille sauvage sont fréquentes dans les prairies naturelles des moyennes montagnes. La bette (Betta maritima) se ramasse sur les côtes sableuses du littoral français. Le poireau et l’ail des vignes sont des cueillettes printanières dans la région du Midi. Toutes ces espèces sont faciles à récolter dans la Nature, tandis que certaines ont été apprivoisées dans l’hortus conclusus (jardin clos), d’autres sont restés une ressource sauvage dont l’usage s’est transmis jusqu’à nos jours. D’autres enfin ont fait une incursion de plusieurs siècles dans les carrés de culture avant d’être remplacés par d’autres espèces plus à la mode.

La population étant principalement rurale au Moyen-Age, il suffit de sortir de la maison pour être plongé dans la Nature, les hameaux sont enchassés dans la Nature qui est partout : de l’autre côté de la clôture s’étendent les prairies et les bois dans un maillage très dense de haies touffues et de plessis servant de clôture vivante. Ce qui n’est pas cultivé au jardin est à portée de main dans la campagne.

En Auvergne, j’ai vu préparer le « pounti » par une vieille dame, pour ramasser les « herbes » du farci, elle est allée au fond du jardin…Ciboulette et persil, bettes et oseilles poussent pêle-mêle dans le potager auvergnat traditionnel, me faisant faire un bond dans le temps, au fil des pages enluminées du Mesnagier du XIVème siècle. Dans ce très ancien carnet de recettes, nos aïeux incorporaient les mêmes « herbes » aux tourtes, aux brouets verts et aux omelettes, en y ajoutant quelques brins de sauge et de menthe. Comment préparer la tarte aux « espinoches » (les épinards), alors que ces légumes sont absents* du potager médiéval?! Avec cet indice, plus d’hésitation à avoir : il faut aller voir de l’autre côté du miroir… me voici lancée sur la trace des plantes sauvages.

*introduits au XVIème siècle par Catherine de Médicis

moureyou-fkAu delà des limites du potager, s’étend la prairie à vaches, longée par un chemin creux où les gens du pays savent trouver dans le fouillis des arbustes de la haie, les fameux « repounsous » qui prolifèrent sous le couvert des grands frênes. Dans le Tarn et en Aveyron, les pousses du tamier (Tamus communis) sont l’ingrédient principal de recettes qui perpétuent les usages locaux apparus avant l’horticulture. Les pousses du « melonou » sont également appréciées des Aveyronnais ; comme la bryone (Bryonia dioica), s’introduit souvent clandestinement dans le jardin, elle pourrait avoir été domestiquée par nos ancêtres. Les exigences écologiques de ces plantes vivaces peuvent sembler un frein au premier abord. Que nenni ! Il suffit de voir comment nos ancêtres ont élaboré des techniques de culture sophistiquées telles que les cressonnières, sortes de bassins en cascade, alimentés par une source pure. Pourquoi n’y aurait-il pas eu aussi la création de bassins pour cultiver le « moureyou » (Montia fontana) récolté dans le Cantal au bord des sources, des sortes de mourronières ?! Mon imagination s’emballe face au mystère qui enveloppe les premiers plants de l’horticulture… 

les faux-frères : le mouron des oiseaux et le mouron rouge

Au retour du printemps, le mouron des oiseaux (Stellaria media) est un des premiers légumes sauvages à récolter et un des plus savoureux. Très précoce, il tend à se développer dès que les températures radoucissent et infeste rapidement les potagers où il s’invite sans l’accord du jardinier ! Avec ses longues tiges rampantes et ses petites feuilles ovales, il ressemble à s’y méprendre au mouron rouge (Anagallis arvensis), qui est par contre toxique. Alors que les graines du mouron des oiseaux font le régal des volatiles , celles du mouron rouge peuvent leur être fatales et empoisonner les lapins. Il vaut donc mieux éviter de les confondre !

Une affaire de famille

Stellaria media
Stellaria media

Le mouron des oiseaux est une petite stellaire dont les fleurs minuscules sont une reproduction minuscule de celles de la stellaire holostée. Elle est proche aussi de la silène enflée comestible comme elle. Elles s’apparentent à la famille des Dianthacées représentée par l’oeillet.

Anagallis-fk
Anagallis arvensis

Le mouron rouge appartient à la famille des primevères (Primulacées). Les graines sont principalement dangereuses en raison de leur concentration en saponosides. Ces substances actives font éclater les globules rouges du sang à haute dose. Le feuillage de la plante peut provoquer des troubles digestifs et rénaux, des diarrhées voire des convulsions en cas de consommation importante chez les organismes sensibles.

Comment les distinguer …

Le mouron des oiseaux a des fleurs blanches tandis que le mouron rouge a des fleurs rouges…au premier abord, cela parait simple, sauf que leurs floraisons ne sont pas toujours évidentes à repérer. Même si le mouron des oiseaux fleurit abondamment dès les premiers beaux jours du printemps, sa floraison est insignifiante : il vous faudra donc regarder attentivement les extrémités des tiges pour apercevoir ses corolles blanches.

Le mouron rouge fleurit plus tardivement vers le mois de juin. Il porte des fleurs bien visibles d’un rouge ou d’un bleu éclatant (une espèce similaire) qu’il protège de la pluie en les refermant quand la grisaille s’installe ! En cas de printemps pluvieux, elles passent souvent inaperçues…

C’est pourquoi il est judicieux de vérifier un deuxième indice avant de faire votre récolte : l’observation du feuillage.

Anagallis2-fkAu moment de la récolte, retournez la feuille et observez sa face inférieure :

  • la feuille du mouron des oiseaux a une face inférieure identique à la face supérieure
  • la feuille du mouron rouge a une face inférieure constellée de points foncés qui doivent vous alerter.